Égalité dans l’héritage, les femmes tunisiennes ne sont la moitié de personne

Elles sont briseuses de tabous, dans la vie comme au cinéma, comme dans d’autres domaines, partout en Tunisie, ce sont les femmes. Leur parole est plus que jamais libre pour braver l’interdit. Leur combat ne date ni d’hier, ni d’aujourd’hui. Elles sont nombreuses à s’être battues pour leurs droits même si l’histoire ne leur a jamais rendu réellement justice (Manoubia Ouertani la première femme qui demanda l’abolition du sefsari en 1924, qu’on occulte souvent en parlant de l’abolition de ce dernier, la Kahena et ses compétences réduite à un mythe, à un cliché et bien d’autres, esquivées au profit des hommes dans les livres d’Histoire).

 

Soutenues parfois par des penseurs éclairés tels que Haddad, il faut l’admettre, elles ont su avancer tant bien que mal, s’imposer malgré tout. Mais, depuis quelques années, elles en demandent plus, à juste titre. Elles visent plus que des changements ponctuels, elles ciblent la source du mal : le patriarcat. Elles veulent l’égalité parfaite, dans un système qui les veut dépendantes, incomplètes, la moitié de quelqu’un, sous la tutelle du masculin. Cet ordre social règne depuis des millénaires, probablement depuis la révolution agricole ou depuis bien longtemps encore. À chaque fois que l’ordre établi a eu besoin de stabilité, il a fondé cette dernière sur un équilibre où les femmes ont le rôle passif où les hommes dominent par un ensemble d’enseignements, moraux, religieux et sociaux, puis économiques… forcément.

 

L’héritage, un tabou, autant économique que religieux, voire plus économique que religieux, est, depuis quelques mois, souvent remis sur le tapis. Ce 10 mars a eu lieu une marche à forte symbolique. Une marche pour l’égalité dans l’héritage qui titille les consciences et vise à changer le texte de Loi.

 

La marche a revendiqué l’égalité en tous points, slogans et pancartes relevaient l’absurdité de l’inégalité alors que les femmes dépensent autant que les hommes, qu’elles sont nombreuses à être agricultrices sans pour autant posséder de terres, que la constitution véhicule l’égalité, mais que la loi ne suit pas... Le slogan qui a dominé était incontestablement celui disant « L’égalité dans l’héritage est un droit, non une faveur ». Le ton est donné, ferme, intransigeant, il émane d’un besoin, d’une prise de conscience qui, même si elle n’est pas généralisée, se développe petit à petit, annonçant un changement imminent.

 

Mais l’intransigeance n’est pas synonyme de cynisme ni d’austérité, c’est la bonne ambiance qui a primé. Musique en arabe, amazigh, grec et autres langues a exprimé en joie les doléances des manifestants, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes. La musique, la culture, contre un discours politique ou extrémiste chargé en violence, c’était le choix de la société civile tunisienne pour ce 10 mars.

 

 

Hajer Boujemâa
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Lundi, mars 12, 2018 - 18:15
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