Le plus beau musée du monde n’est pas européen, il est à Abu Dhabi !

Les Émirats arabes unis existent depuis 1971, la guerre entre 90 et 91 a laissé des traces, et aujourd’hui, une rivalité s’installe entre Dubaï et Abu Dhabi. Aux grands maux, les grands moyens. Abu Dhabi a sorti la grande artillerie pour prendre sa place. Un musée, mais pas n’importe lequel, on parle du Musée du Louvre d’Abu Dhabi considéré par certains spécialistes comme le plus beau musée du monde.

Ce n’est pas un hasard si le dernier numéro de Beaux-Arts titre sur sa couverture : « Le plus beau musée du monde ». Il s’agit bien d’une prouesse architecturale et culturelle, que ce soit en termes de chiffres ou d’œuvres d’art exposées dans les 26 galeries du musée.

Le musée a été inauguré le 8 novembre 2017 après dix années de construction. Derrière cette architecture, un Français : Jean Nouvel, qui a notamment dessiné la tour Agbar à Barcelone. L’histoire du musée est étroitement liée à la France, puisqu’elle est une conséquence directe d’un accord intergouvernemental signé le 6 mars 2007 entre la France et l’Émirat d’Abu Dhabi.

Jean Nouvel , architecte : " J'ai commencé à réfléchir au projet dans ma petite chambre avec une feuille de papier trouée et une lampe...tout était déjà dans mon dessin à main levée"

 

 

Ce ne sont pas les œuvres qui manquent dans les 6400 mètres carrés du musée. Il y’en a 600 dont la moitié appartient au musée. Plusieurs genres coexistent dans ce temple de l’art : pièces archéologiques, peinture contemporaine, et de l’artefact. On retrouve au cœur de la salle de l’Art contemporain une œuvre de l’artiste Ai Weiwei (Fountain of Light), mais aussi un Mondrian et tenez-vous bien, un Yves Klein et pas des moindres : le célèbre Anthropométrie. La France, dans le cadre de l’accord passé en 2007 a quant à elle prêté au musée un Van Gogh et un Pollock. Les prêts de la France ne sont pas gratuits, ce projet est plutôt lucratif pour les Gaulois puisqu’Abu Dhabi a dû payer 190 millions d’euros pour les collections. 

 

Les polémiques autour du musée 

Les polémiques n’ont pas tardé à venir. Si le projet se veut une preuve que les EAU sont ouverts au monde et à la diversité culturelle, la question des droits de l’Homme était très présente. Ajouté à cela des incidents diplomatiques et la méfiance de plusieurs intellectuels. 

Dans une interview-fleuve accordée au site Le Monde, le politologue Alexandre Kazerouni parle de « clientélisation des élites culturelles occidentales », il pointe aussi la souveraineté des Emirats qui est quasi absente dans ce projet : « Quand on regarde l’impact de ce projet aux Emirats, depuis son lancement en 2004, ce que l’on constate c’est une exclusion totale de la population nationale. La conception et la mise en œuvre a été confiée à une agence, ADTCA (Abu Dhabi Tourism and Culture Authority), distincte du ministère de la Culture, dont les postes de décision ont été confiés à des Occidentaux. Les seuls Émiriens à être impliqués sont des jeunes gens, des enfants de la très haute élite, mis en avant pour incarner le projet. » (Source : Le Monde) 

Il faut bien le dire, malgré la prouesse architecturale, les œuvres qui y sont, les Emirats restent peu crédibles au niveau des droits de l’Homme et de leur politique culturelle intérieure. La question à se poser est : est-ce que c’est un premier pas vers une vraie ouverture aux grands principes universels ou bien un nouveau projet commercial sous couvert d’accord diplomatique et culturel ? 

 

 

Rym Hadded
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Samedi, avril 14, 2018 - 13:15