Quand Bizerte fête la Breakdance!

Un vent hip-hop a soufflé sur Bizerte le 27 janvier 2018 à l’occasion du douzième anniversaire du groupe de Breakdance bizertin Virgule Crew. Un événement qui a réuni plusieurs danseurs de différentes générations, et qui a donné lieu à des battles, accompagnées d’un live band, de deux hosts, de freestyles, en compagnie de l’homme aux platines Gamra. 

 

En arrivant à la salle où se passait l’événement, on est tout de suite pris par l’énergie flamboyante qui régnait à la maison de jeunes où tout a eu lieu. Les gens sont venus de partout afin d’encourager ceux qui participent aux battles en continu, sans prendre de pause, de midi à 19 h

Tout d’abord, je vous explique un peu les règles du jeu : 

Il y a le 4VS4 battle, qui est littéralement une battle entre deux Crew de 4 concurrents chacun. Et il y a aussi le 7 Smoke qui est une battle entre 8 participants, deux commencent à s’affronter et celui qui gagne marque un point et continue sur sa lancée en affrontant un autre participant. Le perdant se met sur le bout de la file indienne jusqu’à ce que son tour arrive de nouveau et retente sa chance durant 6 battles, et ainsi de suite. Le gagnant du 7 Smoke est celui qui marque 7 points. 

Ce qui marquait durant l’événement, c’est que tout le monde performait avec un esprit extrêmement fair-play. Chaque concurrent provoque son adversaire sur le tapis de la battle avec des passages successifs et différents, un véritable show dans un esprit sportif et très compétitif où chaque participant se donne à fond. En réalité, chacun raconte une courte histoire pleine d’émotions à travers un langage corporel fluide et très maîtrisé. 

Le public s’emportait à chaque fois qu’il voyait un nouveau mouvement, une touche originale, un geste différent provocateur, une attitude unique. 

Et en fin de compte, on se moquait pas mal de qui allait remporter les battles, ce qui importait réellement, c’est l’originalité des performances, la rencontre entre les anciens danseurs et les nouveaux passionnés et ce qu’ils apprennent après chaque expérience.

Ce qui est vraiment marquant, c’est la façon qu’ont ces jeunes de vivre l’événement : un véritable rituel qu’ils attendent avec une grande impatience. C’est pour eux une occasion de se réunir et de partager leur passion dans un esprit d’autogestion extraordinaire depuis l’organisation de l’événement jusqu’à la dernière minute et au départ de tous les participants. Ils incluent tout le monde dans leur logistique : le transport, le logement, la nourriture, et surtout la soirée après l’événement qui était des fois plus importante que l’événement lui-même. 

Pendant la soirée au foyer de la maison de jeunes de Bizerte, en déambulant dans les couloirs, on entendait seulement le bouillonnement sortant de chaque chambre qui réunissait des crews, causant uniquement de battles, de ce qui est un mouvement original ou plagié d’un autre danseur, du conflit de générations dans la Breakdance, de ce qu’est un vrai danseur, des anecdotes vécues. 

L’une des chambres réunissait plusieurs anciens danseurs extrêmement talentueux dont certains ne pratiquent plus leur passion vu que la Breakdance, et la danse de façon générale ne rapportent point d’argent en Tunisie. Ils étaient donc obligés de tout abandonner et de trouver un boulot qui ne leur laissera plus autant de temps libre pour pratiquer la danse. 

Le lendemain matin, alors que l’on s’attendrait à les voir traîner et faire la grasse matinée, c’était surprenant de voir que chaque participant a déjà entamé sa journée avec un petit déjeuner, des exercices d’entraînement, de la danse, des sessions de Basket et surtout avec un large sourire sur leurs visages. Pourtant, ils ont tous passé une longue journée d’entraînement et de cyphers suivie d’une nuit entière de débats !

 

Après l’événement, on ne peut que constater avec admiration qu’une communauté aussi utopique existe réellement ! Ces jeunes sont arrivés à s’autogérer avec les moyens de bord, avec leur maturité, leur passion, leur engagement, et avec leurs esprits sains et ambitieux. C’est grâce à l’encadrement des nouvelles générations et des jeunes passionnés de la Breakdance par les anciens, qui organisent les événements pour les supporter et les réunir, que la Breakdance a pu être transmise de génération en génération et ne s’est jamais s’arrêtée. Malheureusement, cette utopie existe uniquement chez cette communauté. La Breakdance est le seul élément de la culture hip-hop en Tunisie qui a cette notion de partage et d’engagement, pure et solide, et ce malgré les nombreux obstacles qui n’ont jamais entravé le chemin de ces jeunes que rien ne peut arrêter.

 

Crédit photo Cover : Khlifi Rabie

 

 

Rim Harrabi
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Lundi, février 5, 2018 - 17:15