Wafa Harbaoui : « Je ne cherche pas à rentrer dans un moule, j’ai fait un choix de passion »

Elle a commencé à chanter il y a tout juste un an. Après des études de musique à l’ISM de Sousse, Wafa Harbaoui s’envole pour Paris afin d’y terminer sa thèse de doctorat, elle y suit aussi des cours de guitare, et il y a 3 ans commence à composer.

 

Encouragée par ses amis et sa famille, elle prend la décision d’aller de l’avant. En 2017, elle sort un clip et puis, le 15 mars 2018, son 1er EP de 5 titres voit le jour. 

 

Nous avons profité de sa présence en Tunisie, pour un court moment afin de l’inviter dans nos studios. Wafa a répondu par l’affirmative. Armée de sa guitare, elle a présenté en live deux de ses chansons, « Wa9tech » et « Khallini Netnafess », puis elle a papoté avec nous, nous qui voulions en savoir plus sur elle, sur son univers musical pop, folk et sur sa sensibilité exacerbée. 

 

Vous n’êtes pas encore connue du large public en Tunisie

 

J’habite à Paris, je ne peux pas toujours être ici, mais j’essaie d’être de plus en plus active et présente à Tunis.

 

Vous êtes partie à Paris pour une formation académique

 

Tout à fait, j’étais vraiment dans une autre direction plutôt académique et pédagogique, totalement théorique. Mais le chant et la composition sont venus naturellement et avec les encouragements des amis et de la famille, qui me demandaient de faire connaître ma musique, j’ai pris la décision de me lancer officiellement.

 

Wafa vous êtes née dans une famille musicale

 

Oui, tous mes frères sont musiciens, ils sont soit enseignants, soit font de la musique à côté de leur travail. Je suis née, j’ai baigné et j’ai grandi dans la musique avant même d’aller à l’ISM de Sousse.

 

Avant cet EP, vous avez sorti un clip l’année dernière

 

Oui, un clip qui s’appelle « Emchi » où j’ai travaillé avec avec Christian Tramoni, qui est l’arrangeur de la chanson et qui est présent dans le clip, il joue de la guitare. D’ailleurs on fait pas mal de concert ensemble en duo, mais je fais aussi des concerts avec tout le groupe : basse, batterie, guitare et parfois j’ai le violoncelliste aussi comme invité, voilà j’essaie d’être active (le groupe de Christian Tramoni, musicien de jazz, pop ; NDLR).  

 

Et donc maintenant 5 nouveaux morceaux...

 

J’ai déjà sorti deux chansons en version acoustique sur YouTube « Asafer tarou » et « Khallini netnafess », que j’ai gardées telles qu’elles sont dans l’EP, plus trois autres nouvelles chansons.

 

On a dû vous le dire certainement, mais on vous écoutant, on ne peut pas s’empêcher de penser à Souad Massi

 

Effectivement, beaucoup m’ont déjà fait la remarque. Je pense que tout le monde, moi-même la première, cherche toujours à faire des comparaisons, à trouver qui nous rappelle tel ou tel artiste. Mais, avec tout le respect que je dois à Souad Massi ; j’aime beaucoup ce qu’elle fait ; je viens de la découvrir récemment, elle habite en France aussi. Je ne la connaissais même pas quand j’ai commencé à composer, j’en étais à ma 15e chanson quand je l’ai découverte, les gens me disent souvent que je lui ressemble, mais je ne m’inspire pas du tout d’elle quand j’écris. On me compare à beaucoup d’autres artistes, mais à Souad Massi, c’est plus récurrent, c’est vrai. Il doit y avoir beaucoup de points communs entre nous, par rapport à notre vécu. Elle joue aussi de la guitare classique, elle a quitté l’Algérie pour la France, elle a des frères garçons.... en tout cas je suis ravie qu’on me compare à elle.

 

Vous avez un peu la même sensibilité et ce n’est que du positif. Et si vous nous parliez justement de vos influences musicales.

 

J’ai un peu de tout comme influences. Quand j’étais petite, j’étais la plus jeune, j’écoutais la musique de mes frères… ce n’était pas un choix d’ailleurs ! J’ai écouté  Bob Marley, les Beatles, les Scorpions. J’ai grandi dans une ambiance musicale occidentale, la musique des années 80. Puis j’ai commencé à participer à des chorales, à des concours de chant. Une fois j’ai remporté un concours de chant, on m’a offert des cassettes d’Oum Kalthoum, c’était une grosse découverte pour moi, une ouverture sur la musique orientale. J’écoute beaucoup Fairouz, j’écoute aussi Julia Boutros... voilà c’est à peu près ce que j’écoute en arabe. J’ai grandi, et j’ai appris à écouter ma propre musique, du Tracy Chapman par exemple, des chanteurs qui sont proches de moi sur le plan feeling. 

 

Vous vous voyez où dans le paysage musical actuel, en Tunisie et dans le monde

 

Là je rêve vraiment au jour le jour. Je ne cherche pas à viser trop loin même si c’est bien de viser loin. Mais je suis motivée par une sensation en moi qui me pousse à donner un coup d’accélérateur, à y aller à fond, pour partager mes émotions, mes chansons, ici ou là-bas. C’est essentiel pour moi. Après, je ne sais pas si j’ai ma place en Tunisie ou ailleurs.

 

Je sais qu’avec de la persévérance, on y arrive, en étant soi-même, en étant vrai, parce que je ne cherche pas à rentrer dans un moule, une catégorie ou un style précis, je ne cherche pas à satisfaire les gens, j’ai fait un choix de passion.

 

J’ai fait un choix difficile. Avant, j’enseignais, j’étais tranquille. La vie d’artiste à Paris, ce n’est pas facile. Il n’est pas facile de s’affirmer, d’exister. Je savais qu’il allait y avoir des hauts et des bas, que ça allait être galère, mais n’empêche qu’il y a en moi une envie plus forte que tout ça.

 

Vous avez des atouts importants, comme la voix, la sensibilité. Qu’est-ce qui vous inspire le plus, comment écrivez-vous vos chansons ?

 

J’écris à l’heure de la sieste… oui oui, pas durant la nuit. Je ne me lève pas en me disant que je vais composer aujourd’hui, mais selon le mood, l’humour du jour, l’inspiration me vient, et ça me prend quelques jours à la roder pour maîtriser l’interprétation.

 

Je ne compose pas avec la guitare, je suis une femme de mélodie, je ne me base pas sur les accords, sur les enchaînements harmoniques, je compose un peu à l’envers. Quand j’ai la mélodie en tête, je vais vers la guitare pour mettre en place la musique.

 

Vous êtes aussi maman d’un petit garçon, est-ce que c’est facile de concilier la vie de mère, d’artiste, etc. ?

 

C’est grâce à un mari qui m’encourage beaucoup, qui me pousse, Harbaoui c’est mon nom d’épouse d’ailleurs, je tiens à le dire. Ce n’est pas facile, mais les choses difficiles ont plus de goût n’est-ce pas !

 

D’accord et donc… prochaine étape ?

 

J’ai signé avec un label Art et Spectacles, ils ont édité mon EP, j’étais en autoproduction et puis ils sont arrivés, je remercie toute l’équipe d’ailleurs. Nous allons collaborer pour un prochain album dont la sortie est prévue pour 2019. 

 

Avec des chansons qui seront inspirées de l’actualité ou de la vie de tous les jours ?

 

Je suis beaucoup dans l’émotion, mes inspirations sont simples, elles viennent de tous les jours. Je laisse les émotions sortir, je ne réfléchis pas beaucoup.

 

 

 

Hajer Boujemâa
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Lundi, mars 19, 2018 - 12:00