Abdelaziz Gorgi : hommage à l’un des pionniers de l’art en Tunisie au Palais Kheireddine
Abdelaziz Gorgi

À l’occasion des 10 ans de la disparition de Abdelaziz Gorgi, figure emblématique de la scène artistique tunisienne, la galerie AGorgi et la société Talan se sont associé autour d’une exposition au Palais Kheireddine à la médina de Tunis, afin de rendre hommage à cet artiste tunisien incontournable.

 

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© Khaoula Barnat

 

 

Cette exposition nous emmène en voyage dans l’univers de Gorgi, un univers coloré, chaleureux et jovial. Mais c’est aussi un voyage dans le temps, où on se transporte dans la Tunisie du passé et plus particulièrement dans la médina de Tunis.

 

Plus de 300 œuvres, dessins, peintures, sculptures, céramiques et tapisseries sont présentés. C’est la première exposition de cette envergure jamais consacrée à un artiste en Tunisie, tout un travail d’enquête de plusieurs mois a été effectué. Outre la quantité d’œuvres rassemblées, on retrouve un bon nombre de documents dont le but est d’éclairer chaque œuvre en plus d’autres œuvres réalisées par des artistes actuels. Une belle façon de réunir les différentes générations d’artistes dans une même exposition.

 

Par ailleurs, le choix du titre « Gorgi pluriel » n’est pas anodin, car il n’y avait pas un seul Abdelaziz Gorgi, mais plusieurs. C’est le Gorgi aux multiples facettes, artiste, enseignant ou encore président de l’École de Tunis.  

 

L’école de Tunis est en fait un courant artistique de la peinture tunisienne qui a vu le jour suite à la Seconde Guerre mondiale et qui rassemblait quelques peintres tunisiens et français.

 

 

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© Khaoula Barnat

 

« Gorgi pluriel » c’est aussi et surtout le Gorgi artiste multidimensionnel, aux diverses techniques d’expression. En effet, il y’avait le dessinateur au trait bien affirmé, il y’avait le peintre moderne qui optait pour un art plus contemporain, il y’avait le sculpteur au style bien affirmé, le céramiste novateur et le tapissier à la signature bien marquée. 

 

En effet lorsqu’on se promène dans l’univers de Gorgi on remarque une diversité incroyable d’œuvres. Il y’a d’abord un espace important consacré à ses dessins, d’ailleurs sa fille Aicha Gorgi nous confie qu’il aimait beaucoup dessiner, c’était un art qui occupait une place fondamentale dans sa vie. 

 

Il y en a de tous les genres, des dessins aux traits fins, d’autres aux traits plutôt irraisonnés. On y croise des portraits de la Tunisie d’autrefois, d’autres dessins plus abstraits, représentent des personnages qui s’entremêlent et se déconstruisent.  

 

 

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© Khaoula Barnat

 

En continuant notre voyage artistique dans l’exposition, on tombe sur ses peintures, de toutes les tailles. Il y’a ce qu’il appelait les « coquines », des peintures gouachées (il utilisait majoritairement de la gouache) qui déconstruisent des éléments de l’architecture de la médina tout en jouant avec des corps féminins et masculins. On discerne le côté érotique de Gorgi dans ce genre d’œuvres, une représentation très subtile des relations entre l’homme et la femme. 

 

Les « miniaturisantes » elles, sont des peintures gouachées qui s’inspirent de l’esthétique des miniatures persanes, tout en puisant dans les traditions culturelles de la médina. Ces peintures sont faites d’une délicatesse et d’un souci du détail époustouflant. 

 

La médina de Tunis et ses artisans sont omniprésents, l’artiste Abdelaziz Gorgi honore le charme à la tunisienne, ses paysages et son peuple. Ayant grandi à la médina avec un père « chaouachis », ce lieu historique était donc son théâtre de vie, il aimait reproduire tous ces recoins, ses secrets et ses traditions. 

 

Mais la médina de Tunis c’était aussi ses artisans et ses travailleurs, Gorgi leur a rendu hommage à travers ses œuvres. Du coiffeur au vendeur de Jasmins en passant par l’incontournable Hammam traditionnel et ceux qui y travaillent, ils étaient tous là, les gens de la médina. 

 

Certaines de ses œuvres sont représentées d’une manière plutôt enfantine, inspirées d’un art « naïf » (surtout à ses débuts) avec une touche d’humour. D’autres sont au contraire, plus abstraites et avant-gardistes, où Gorgi jouait avec l’œil du public en emmêlant les formes, les corps et les standards de la médina. 

 

« Je suis dans mon univers : Souk el Blat, el Attarine, rue du Trésor. Mes personnages sont là. Ils m’attendent. Dans ces rues, devant ces façades, il me faut les réinventer pour qu’ils existent dans la modernité. Et à partir de la tradition, accéder au monde le plus moderne qui soit jusqu’à l’abstraction. »(Propos recueillis par Alya Hamza, catalogue de l’exposition « Gorgi Karakouz Haziouz »)

 

Le mélange entre tradition et modernité est sa marque de fabrique, cette volonté d’innovation faisait de lui un artiste emblématique et un artiste complètement libre. Abdelaziz Gorgi c’est tout simplement le patrimoine artistique tunisien. 

 

 

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© Khaoula Barnat

 

L’étoile, Abdelaziz Gorgi :

 

Abdelaziz Gorgi vit le jour le 2 juin 1928, il a grandi à la médina de Tunis et a fait des études à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis pour s’envoler ensuite à Paris où il a poursuivi sa carrière artistique à l’École de Paris. Par la suite, il est retourné à Tunis où il a commencé à rayonner à travers ses œuvres, mais pas que il a notamment investi et marqué plusieurs édifices publics encore debout aujourd’hui. Il a même réalisé une série de timbres pour la Poste tunisienne, où les métiers traditionnels tunisiens furent illustrés. Il n’a pas cessé de se renouveler et a développé des nouvelles expressions décalées, issues de ses souvenirs d’enfance, où des figures féminines fortement fantasmées sont mises en valeurs.

 

L’étoile qu’était Abdelaziz Gorgi s’était imposée alors dans le monde arabe, avec des expositions à Abu Dhabi et au Koweït, mais également à l’international. En effet Abdelaziz Gorgi a exposé ses œuvres aux États-Unis notamment à Chicago et à New York.

 

L’initiative de la société Talan et la galerie AGorgi permet au spectateur de garder en mémoire cette immense étoile qu’était Abdelaziz Gorgi et de faire découvrir aux plus jeunes son talent inouï.

 

Ghalia Kriaa
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Vendredi, décembre 21, 2018 - 15:15