« Born In The USA » de Bruce Springsteen, ou l’importance de comprendre les paroles d’une chanson (avant de la chanter)
Bruce Springsteeen

Le 4 juillet, l’Amérique entière fête son Independance Day et sort pour l’occasion tout l’attirail de rigueur, à savoir gros drapeaux, barbecue pour les hamburgers et les hot-dogs et bien sûr, les incontournables musiques patriotiques. Parmi elle, Born In the USA de Bruce Springsteen…Une chanson pas si chauvine qu’il n’y paraît. 

 

Moment de vérité. On a tous hurlé à tue-tête les paroles peu glorieuses du titre de Jason Derulo et Nicki Minaj « Shimmy shimmy yay, shimmy yay, shimmy ya/my love drank Swalla-la-la », moralement aussi condamnables qu’une jeune fille de 12 qui remue allégrement son séant depuis l’avènement du Twerk. Fort heureusement, nous sommes tous majeurs, vaccinés et ouvertement pour la liberté de chacun de disposer de son corps comme il le souhaite (et oui, on ne résiste pas non plus à l’envie de chanter Swalla). Car si on a quelques doutes quant à la signification de « Shimmy shimmy yay, shimmy yay, shimmy ya », notre option « anglais renforcé » en terminale L ne nous laisse que peu de doutes sur le sens imagé de « Swalla-la-la ». Et c’est là que nous réussissons, contre toutes attentes, à comparer Bruce Springsteen (monument de la musique rock) et Nicki Minaj (jeune rappeuse callipyge). Leur silhouette n’étant pas le seul point commun qui les unit, ils ont tous les deux une chanson que toute l’Amérique a chantée sans prendre la complète mesure de leur sens.

 

Ne pas prendre des vessies pour des lanternes

 

Souvent, dans une chanson, on se contente de prêter attention seulement au refrain. Celui de Born In the Usa est si accrocheur et simple qu’il ne déroge pas à la règle. Superbowl, campagnes présidentielles (Coucou Bush, coucou Reagan) ou encore Independance Day, ce titre de Bruce Springsteen, chanté pour la première fois en 1984, a été tellement diffusé qu’on pourrait aisément le confondre avec The Star-Spangled Banner, la teneur patriotique en moins... Parce que oui, Born In the Usa parle bien de l’Amérique. Mais non, elle ne la célèbre pas. Remettons un peu les choses dans leur contexte. De 1955 à 1975, les États-Unis sont en premières lignes de la guerre du Vietnam, guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres et contre laquelle de nombreux Américains sont farouchement opposés.Born In the Usa est donc une protest-song déguisée, qui fait le portrait un peu amer d’une Amérique qui envoie ses enfants faire une guerre dont ils ne veulent pas. Sans aller jusqu’à dire que le Boss (petit surnom de Springsteen) est antipatriotique, l’ambiguïté des paroles l’écarte pourtant d’office des titres célébrant Oncle Sam. Loin de l’Amérique triomphante, cette chanson est donc le récit des conséquences désastreuses de cette guerre sur les vétérans revenus au pays.

 

 

 

Inès Ben Azouz
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Mercredi, juillet 4, 2018 - 15:45