"Ghoula", un plongeon "monstre" dans un patrimoine oublié

Le son chaud et poussiéreux des disques d’antan vous manque? Vous raffolez des imperfections, des scratchs, de la distorsion, des défauts et de la détérioration causés par le temps? Vous êtes nostalgique, et les crépitements et craquements sonores vous donnent la chair de poule?

 

La chair de poule, cette réaction de la peau, souvent assimilée à un orgasme cutané, était au rendez-vous, hier, 15 mars dans un pub branché de la banlieue nord.

 

Élancé, souriant, presque maladroit quand il se faufile entre les tables d’amis et de connaissances, Wael Jegham, plus connu sous le nom de Wael Ghoula était l’invité d’honneur de l’événement «Talk With Ghoula».

Le principe était simple. En attendant le concert prévu le vendredi 17 mars, au même endroit, le thème de la soirée est un plongeon dans la collection privée des vieux vinyles de l’artiste. Dans une ambiance «cosy» et décontractée, Ghoula invite les intendants de l’événement à partager un moment de découverte, de redécouverte et de nostalgie.

 

Un beau voyage dans le temps et dans le patrimoine tunisien et maghrébin.

 

 

 

 

El khoumadha elli testanna fikom fi el Yuka

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Oulaya, Doukali, Mohamed Jamoussi, Mohamed Jarrari, EL Ghalia, Zouhaira Salem, Rabah Derriassa, Ahmed Hamza, Mazouni, Marhaba Band, Jil Jilala et d’autres musiciens et troupes folkloriques du début du siècle passé, étaient à l’honneur, pour divulguer, en intimité les références musicales, et les influences de cet artiste aux sonorités reconnaissables.

 

Abrasivité sonore, composition et recomposition recherchées, on devine en l’artiste une âme d’enfant légère et un sens de l’humour prononcé.

 

Son amour pour le vieux, le rouillé et l’oublié, n’est surpassé que par sa malice et son sarcasme. Chacune des chansons qui composent son album, sorti sous le label, «Halib El Ghoula» (Le lait de l’Ogresse) le 11 novembre 2016, est une recherche musicale et sonore, et un grand-écart stylistique entre patrimoine et innovation. Bruitisme qui fait grincer les molaires par moments, de surprise et d’enchantement, la narration qui s’y trouve est satirique. Critique de la société, du système, du racisme, des bavures policières, et toutes sortes d’injustices, rien n’échappe à l’œil, à la console et aux instruments du musicien, initialement pianiste, mais surtout multi-instrumentaliste.

 

La fraîcheur, la recherche, la critique et l’identité multiple sont les quatre ingrédients secrets de cet artiste qui trouve écho auprès de cette tranche de la génération post-révolution, en perpétuelle recherche identitaire.

 

Ghoula, l’enfant «Ogre», l’enfant monstre. Ghoula, l’enfant «chouette» comme le sous-entend le surnom. Un artiste à découvrir, et un univers à déchiffrer.

 

 

 

 

 

Hazar Abidi
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Vendredi, mars 17, 2017 - 12:45
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