Interview avec Mariem El Ferjani, l'actrice de "La Belle et la meute"

Du haut de ses 27 ans, Mariem El  Ferjani a été la tête d’affiche du court-métrage de Leila Bouzid « Mkhobbi fi Koba », en 2012. La jeune comédienne a aussi collaboré avec Ala Eddine Slim pour une série de courts-métrages poétiques « El Ediâa ». En 2017, Mariem El Ferjani obtient le premier rôle dans « La bête et la Meute » de Kaouther Ben Hania, qui vient d’être sélectionné dans la catégorie « Un Certain Regard » à Cannes.

 

Misk a eu un échange avec l'actrice....

 

Vos premiers pas dans l'univers du cinéma ?

J'avais un appareil photo, je faisais des autoportraits,  je me suis rendue compte que j'aimais jouer devant l'objectif. Me maquiller, me déguiser me permettait de sortir de moi-même. Un jour une amie m'a parlé du casting de Leila Bouzid, j'ai été prise! C'était alors mon premier tournage. Après ce film, j'ai décidé de quitter la faculté de médecine. C'était en 2011.

 

Qu'avez-vous ressenti en jouant et en vous voyant la première fois dans un film ?

La joie des premières fois.  En voyant le film, j'ai eu du mal avec mon image, énormément de mal. Maintenant avec du recul j'ai beaucoup aimé cette expérience et si je devais la refaire, je n'hésiterais pas. Vu que je me prends énormément en photo, perdre le contrôle est effrayant. En faisant des études de réalisation, j’ai pris conscience  de la pression que vit un réalisateur, d'où le fait de devoir  respecter ses directions, et de ne pas le polluer avec trente six milles opinions.  Je ne lâche pas prise, mais je respecte le travail du réalisateur et sa zone sacrée.

 

 

Comment vous sentez-vous quand on ne vous propose rien ?

Pour éviter l'angoisse de la vacuité, je compense avec d'autres choses : la photo, l'écriture, la réalisation. Pour moi ce n'est pas la quantité des tournages qui m’intéresse, je préfère jouer pour 4 ou 5 films de qualité plutôt que de jouer chaque année dans des navets. Je comprends l'angoisse de l’actrice dont le téléphone ne sonne pas pendant des mois, j'ai anticipé en me disant que je n'allais pas faire que ça .

Peut-être que j'aurais cette angoisse avec le temps, en me sentant moins fraîche, et en voyant mon faciès changer. L'angoisse d'un acteur pour moi,  c'est celle de la vieillesse.

 

 

L'argent ?

La poésie et la photo ne font pas gagner de l'argent non plus...

Mais les centres d'appel si, (rire)… Avant de quitter la médecine, je faisais des travaux administratifs, c'était une expérience de discipline. L'argent n'a pas d'odeur, peut-être que je changerais d'avis en ayant une famille ou en choisissant de ne pas en avoir, pour avoir le luxe d'être pauvre . Être acteur ou artiste offre une fatigue délicieuse.

 

Comment vous définissez-vous ?

Ça fait un moment que je me considère comme artiste. Je raconte des histoires auxquelles je suis sensible. Je pourrais dire je suis auteur mais ce n'est pas crédible à 27 ans.

 

Les sacrifices d'un acteur ?

En travaillant un personnage, on est en plein dedans, on passe beaucoup de temps à penser. Lors de mes tournages, je sacrifie ma vie de famille. C'est vrai qu'un acteur ne travaille pas 365 jours par an, mais c’est difficile parce que c'est une immersion totale.

Faire un film ce n'est pas nécessairement agréable, c'est difficile d'avoir à faire à 200 personnes en même temps. C'est un plaisir latent, la reconnaissance vient longtemps après…dans le faire, on n'a pas de reconnaissance palpable. Le tournage est la période la plus critique en terme de rythme. C'est une parenthèse, tu peux être en contact avec l’extérieur, mais à très petite dose. Dans les deux films où j'ai joué le rôle principal, en rentrant chez moi je pensais à ce que j'allais faire le lendemain et à ce que j'ai fait. Je n'arrive même pas à lire l'actualité ou un roman. Je ne lis que de la poésie parce qu'elle nourrit mon imaginaire.

 

Vous Vous voyez dans 10 ans ...?

Chez moi.

 

Les réalisateurs avec lesquels vous rêvez de jouer ?

João César Monteiro , Buster Keaton, John Cassavetes, Ettore Scola, mais ils sont tous morts sinon Jafar Panahi, Yórgos Lánthimos , Pedro Almodovar, Abdellatif Kechiche, Mira Nair..  la liste est longue, je ne saurais pas m’arrêter !

 

Rym Haddad
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Jeudi, avril 13, 2017 - 19:30