JUNIOR TSHAKA : Artiste charismatique et musicien engagé

C’est sa première représentation en Tunisie. Du 13 au 17 mars, le chanteur de Reggae Junior Tshaka effectuera une tournée d’une semaine dans la capitale, au Kef et dans les régions. Il fera partager son reggae militant et rassembleur à Sousse, mais aussi à Nabeul à l’occasion de rencontres musicales en solo. Puis, son groupe le rejoindra les 16 et 17 mars pour des concerts au Sicca Jazz du Kef à Kalaat Senane et à l’Espace culturel Mass’Art à Tunis. Chanteur et musicien confirmé, compositeur de talent, vainqueur de l’European Reggae Contest en 2009, Junior Tshaka est une valeur sûre de la scène helvétique et francophone. Du haut de ses 38 ans, le Neuchâtelois compte quatre albums, de nombreuses collaborations (Sinsemilla, Dub inc., Leroy « Horsemouth » Wallace…) et des dizaines de concert aux quatre coins du monde à son actif. Aujourd’hui, il est passé faire un tour dans les locaux de MISK, on en a profité pour lui poser 10 questions. 

 

 

On aimerait bien pénétrer votre univers, mais avant tout il faudrait nous expliquer votre nom de scène ?

 

(Rires) C’est assez simple, c’est un nom que j’ai depuis longtemps, quand j’étais ado je voulais créer un groupe. J’ai eu un besoin de m’exprimer, un moment de révolte, d’intense sensibilité. J’avais comme idée de créer un groupe qui s’appellerait « SHAKA » parce que pour moi « SHAKA » c’était une onomatopée : c’est comme si j’allais dans la forêt et que je criais « TCHAKAAAAA » pour me libérer quoi, comme un cri. Et puis plus tard, je n’ai pas eu le temps de créer mon groupe, et un groupe de ma ville cherchait un chanteur. Donc j’en ai fait partie, et je n’ai pas eu besoin d’utiliser mon nom. Et plus tard quand j’ai quitté ce groupe pour partir en solo, je me suis dit je vais réutiliser mon nom TSHAKA et je vais rajouter JUNIOR pour faire comprendre que c’est une personne. Je débutais dans le reggae, et il y a beaucoup de « JUINIOR » en Jamaïque, ça se fait beaucoup dans le reggae. 

 

 

On a lu quelque part que c’est BOB MARLEY qui vous a donné cette passion pour le reggae ? 

 

C’est une cassette que j’ai achetée de BOB MARLEY quand j’étais tout petit avec mes parents en vacances à des vendeurs à la sauvette en Italie. Cette cassette a fait que je m’y intéresse toujours, c’était mon petit jardin secret, j’avais mon Walkman à l’époque et j’écoutais ça pour me sentir bien donc oui c’est lui. Après, j’ai eu une rencontre avec Ziggy Marley, son fils, dans un festival en Suisse. Je me souviens l’avoir rencontré, je l’ai pris dans mes bras et ce jour-là ressenti quelque chose de fort. Ça m’a convaincu qu’il y avait un feeling avec ces musiciens-là.

 

 

Parlez-nous de votre dernier album ? Ses spécificités, sil y a des changements par rapport aux albums précédents ? 

 

Mes premiers albums étaient très acoustiques. Des guitares classiques, pas beaucoup d’instruments, même mon premier album était composé à trois guitares sèches. Un peu comme TRIO, mais en beaucoup plus calme et mélancolique, moins festif. Chaque album a été un peu différent, un jour j’ai rajouté plus d’instruments : des cuivres, tout ce qu’on trouve dans le reggae. Pour le dernier, c’est un peu l’étape d’après, sur certains morceaux y a des machines, y a une petite touche d’électro, y a certaines BEAT MAKER DE RAP, de hip-hop qui ont créé des instrumentaux. C’est l’album le plus riche et le plus fourni de ce que j’ai fait jusqu’à présent. C’est riche au niveau du nombre d’instruments : naturels, machines, voix, percussions… etc.

 

 

On sait que ça fait un bout de temps, mais c’est comment d’assurer une première d’Alpha Blondy ? 

 

Quand c’est les premiers concerts, c’est touchant, c’est motivant, ça fait plaisir. Je ne vais pas dire que c’est un rêve parce qu’y en a plein d’autres et puis il y en a eu d’autres. Mais oui, c’est une première étape dans cette espèce de voyage incroyable que j’ai vécu et que je vis encore dans la musique. Ce sont des posters qui deviennent vivants, des gens qu’on rencontre. Avec Alpha Blondy, maintenant on se connaît, Tiken Jah Fakoly aussi. On se voit régulièrement dans les festivals, donc voilà, ce qui était juste dans notre tête devient réalité et c’est génial. 

 

 

Qu’est-ce qu’on vous a soufflé comme infos sur notre scène culturelle tunisienne ? 

 

(rires) Pas beaucoup. Je sais que la jeunesse est active. Je sais qu’il y a beaucoup de choses qui se passent aussi de manière alternative. J’aime beaucoup le Street art et je sais qu’il y a beaucoup de Street art qui se fait à Tunis et à Djerba, notamment avec « Djerbahood ». Quand je sens qu’il y a ce genre de choses, je n’ai pas beaucoup de doutes, je sais qu’il y a ce qu’il faut ici. Après je n’ai pas le bagage assez grand pour en parler, mais je me réjouis de rencontrer les gens ici, et je ne doute pas de leur créativité. Je pense aussi que quand les peuples vivent des situations compliquées, des révolutions, des renaissances, des changements, c’est très créatif, et il y a forcément des choses qui sortent de là.

 

 

Si vous deviez écrire un reggae militant sur la Tunisie, quel message vous feriez passer ? 

 

Une fois de plus je ne m’y connais pas assez, donc je ne vais pas faire de démagogie. Quand on est militant, il faut être précis, et maîtriser ce qu’on raconte. Je ne maîtrise pas assez la situation en Tunisie, mais ce serait un message de liberté, un message d’espoir, et d’émancipation, oui. Je crois que ce n’est pas le moment de se fermer c’est le moment de s’ouvrir, et d’aller chercher la liberté. 

 

 

Pour quelles causes vous militez le plus dans vos chansons ? Pourquoi ? 

 

Ça peut paraître cliché, mais comme c’est sincère je le dis. C’était un besoin de justice, d’égalité et de liberté. Il y a certains sujets qui me touchent parce que je trouve ça injuste. Ce qui va générer une chanson c’est quelque chose qui me touche profondément. Et puis souvent c’est une histoire d’injustice. Je rêve d’un monde et d’une société plus équilibrés. Je rêve aussi d’un continent africain plus libre et moins contrôlé. Je vais très souvent au Sénégal et au Burkina Faso, je connais beaucoup d’artistes africains, du coup j’espère une Afrique qui se lève. Plein d’histoires d’injustices me révoltent, mais l’élément déclencheur c’était autour des attentats du 11 septembre. Par la suite, se demander « mais qui a fait quoi ? Qui a fait ça ? Pourquoi ? ». Après on entre plus profondément dans l’histoire « pourquoi y a des gens fâchés, jaloux ? Pourquoi il y a des gens qui trouvent que c’est pas juste ? Pourquoi il y a des gens prêts à faire des drames comme ça ? ». Et ça m’a amené sur la répartition des richesses, sur les matières premières, sur la France-Afrique, sur plein de sujets qui sont très créatifs, parce que c’est des sujets qui ont un très gros lot d’injustices, et ça, ça me touche. 

 

 

Est-ce que vous avez commencé la musique pour pouvoir vous exprimer plus facilement ?

 

Oui complètement. Mes premières chansons c’était à 12-13 ans dans ma chambre pour dire ce que je ne peux pas dire avec les mots, la parole. Je suis très timide et sensible de nature. Et ça continue, aujourd’hui, je chante tout ce que je n’aime pas dire. Bon j’ai 20 ans de carrière donc j’arrive à le dire en parlant comme ça, mais j’ai plus de facilité à le dire en chantant.

 

 

On va vous faire écouter un morceau de « Ghost MAN » صيد الغابة, un groupe de musique qui fait du raggae tunisien. Vous allez nous dire ce que vous en pensez. 

 

C’est très bien. Faudrait que je comprenne les paroles, parce que quand j’écoute des chansons de reggae, parfois les paroles ne me plaisent pas. Mais c’est vraiment le reggae actuel, je me demande même s’ils n’ont pas pris l’instrumental qui existe déjà parce que c’est très bien fait. C’est typiquement jamaïcain. Et lui, sa manière de chanter est bien, c’est ça qui est chouette dans le reggae ! on peut amener chacun notre touche, si on le désire on peut apporter notre culture et notre manière de faire. Il y a certains chanteurs qui font comme les Jamaïcains, même s’ils habitent en France, en Belgique, en Afrique, ils vont prendre les flow, les manières de chanter des Jamaïcains. Moi je ne le fais pas, on n’est pas obligés. Je pense aussi à Alpha Blondy ou comme celui qu’on entend maintenant (GHOST MAN). On va amener notre manière de chanter qui dépend de ce qu’on écoutait quand on était plus jeunes ou de notre culture musicale. Et là, on sent un côté Maghreb et moi j’adore quand ça se mélange comme ça. 

 

 

Vous avez hâte de vous produire en Tunisie ? 

 

Oui ! Je voyage pour ça et je rencontre des gens, je vais croiser des regards, je l’ai beaucoup fait. J’ai rencontré des gens d’un peu partout, et ça me nourrit, j’adore voir la réaction des gens, la musique, c’est puissant pour ça. On a joué en Algérie, plusieurs endroits en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, beaucoup en Europe. On a un certain bagage, mais pas une grande expérience du Maghreb. Nous on ne triche pas quand on le fait, puis les gens ne trichent pas quand ils sont touchés ou pas. Quand ils le sont, on le ressent et ça casse toutes les barrières, la langue, les nations, les continents, et on est entre humains et c’est une chance immense de pouvoir voyager et de vivre ça.

 

 

Livia Camara
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Mardi, mars 13, 2018 - 14:45
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