Retour vers le futur
Retour vers le futur

Le premier match de football ‘organisé’ en Tunisie le fut en 1906 (le 4 mars précisément. Du moins c’est ce qu’on a retenu à l’exploration des archives, Misk n’étant pas encore présente à l’époque et Doc Brown et Marty McFly ne voulant plus nous prêter la DeLorean pour remonter dans le temps – et ce depuis qu’on leur a rendu la bagnole avec le cendrier plein).

 

Comme il n’y avait qu’un seul club en Tunisie (le Racing Club), on a fait jouer l’équipe I contre l’équipe II. À force de faire rejouer I contre II, il y eut ensuite scission interne et départ de joueurs. Mais le football, sport alors dans l’ombre du cyclisme et qui était - comme ce dernier - arrivé dans les malles des colons dès la première décennie du protectorat, était lancé.

 

Football de Tunisie, pas football tunisien

 

Un an plus tard eut lieu le premier ‘vrai’ match, entre deux équipes de clubs distincts (toujours le Racing, contre le Collège Alaoui). Le ‘patron’ du sport tunisien de l’époque, Gustave Serdane s’occupa d’arbitrer. Mais on se plaint de l’arbitrage et il y eut des disputes sur le terrain, devant 1.500 spectateurs ; plus calmes que les joueurs, et mal installés selon les dires des observateurs de l’époque (on se déplaça d’ailleurs de l’entrée du jardin du Belvédère, trop exigüe, vers le Vélodrome à peine construit ou encore vers la caserne Forgemol qui servit de terrain de jeu ou d’entraînement). À peine né, le football en Tunisie (qui n’est alors pas encore tout à fait le football tunisien puisqu’il est l’apanage exclusif des français et de quelques britanniques, mais ça ne va pas durer) réunit tous les ingrédients qui en feront son essence jusqu’à nos jours : querelles intestines, ambiance tendue, arbitrage contesté, installations inappropriées (elles ne peuvent pas encore être vétustes, puisqu’elles sont nées avec ce XXème siècle qui n’a pas encore l’âge d’aller à l’école primaire). Même le premier championnat organisé en 1909-1910 va dégénérer en querelles administratives et contestations de son déroulement et de son issue. Tout y est déjà.

 

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Stade municipal Géo-André

 

Déjà tout d’une grande…

 

Il y manque juste un zeste de mauvaise foi des autorités que l’émergence d’une scène politique proprement locale va aussitôt apporter (comme dans toutes les colonies du monde, les clubs vont servir de caisse de résonnance communautaire et les règles s’y appliquant varieront fortement selon que l’on soit occupant ou occupé, et donc ici entre associations dites françaises, associations indigènes -plus tard requalifiées de musulmanes- et associations étrangères) ; et la violence dans les tribunes, qui viendra dès avant la guerre de 1914. Autant dire qu’on a corrigé le tir depuis. Pour rattraper ce temps bêtement perdu au début sans se battre sur les gradins, on se bastonne désormais même entre supporters du même club. Mode assez récente, capable même de faire oublier tous les progrès créatifs (tifos, chants, et j’en passe) réalisés par les supporters depuis une bonne vingtaine d’années.

 

       Notez qu’aucun public ni aucune galerie n’est exempte de ce type d’excès. Car quasiment tous les publics (à une association de socios exceptée), quasiment tous les clubs, sont pareils, dans leur modèle de gestion comme dans leur structure (une dépendance quasi-totale au mécénat, beaucoup de vent et de dettes). C’est juste une question de proportion et de nombre qui fait la différence entre un club ou un public et un autre. Notez que c’est normal, vu qu’en Tunisie on raffole de la monoculture et de l’unique. On voudrait un seul parti, une seule pratique religieuse, une seule chaîne de télé, un seul modèle de décoration végétale des bords de routes, une seule couleur gris uniforme des piliers de pont (tant pis pour ceux qui y ont réalisé des œuvres parfois criardes mais réellement décoratives), et au train où ça va on n’aura limite plus qu’un seul club, forcément de football, vu que les autres sports ne comptent pas (comme l’éprouve l’élite de nos athlètes individuels). Comme avant, quand tout était mieux paraît-il (les perspectivistes et quelques autres pourraient avoir un point de vue différent à ce sujet…). Mais bon, à la limite, s’il doit n’y avoir qu’une seule radio et que c’est Misk, ça irait encore... Mais je doute qu’on y fasse un jour un multiplex des matches en direct.

Sadri Sioud
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Lundi, avril 15, 2019 - 11:30
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