Winrah Marah : Jawhar Basti creuse en musique dans l'esprit tunisien
jawhar basti

C’est un univers peuplé de personnages, de réflexions sur la réalité, la politique, la société, mais c’est aussi un univers poétique où la voix hypnotique du chanteur vous transporte, vous berce au son de la mélodie, des arrangements pour vous raconter des histoires en paroles, images et musique. Nous parlons ici de Winrah Marah, le nouvel album du chanteur de pop-folk tunisien Jawhar Basti. Cet album qu’il nous livre après Qibla wa Qobla sorti en 2013, il nous le présentera en concert le 31 mai à l’IFT.

 

Winrah Marah, est donc le dernier opus de Jawhar Basti, un album où il a travaillé avec son groupe (Jawhar Basti - guitare et chant, Eric Bribosia - clavier, Yannick Dupont - Basse et Louis Evrard - percussions), « ce n’est pas un chanteur et ses musiciens, mais un band ». L’album contient 10 tracks, toujours en dialectal, une langue que l’artiste trouve plus riche, qui puise autant dans l’arabe que dans le français ou l’italien. Mais aussi une langue qui aide à exprimer et à jouer avec les mots, à aller au plus profond de lui-même, de nous-mêmes, quelque part où l’absurde prend tout son sens.

 

« C’est une langue mélangée, mais ça n’enlève rien à son authenticité, il n’y a pas mieux que la langue avec laquelle on a grandi pour exprimer ses sentiments » nous explique Jawhar. 

 

Il creuse dans le dialectal comme on creuse dans la roche pour la sculpter et en sortir des formes, des images, des expressions. L’album a tardé, puisqu’il s’est écoulé quasiment 5 ans depuis la sortie de « Qibla wa Qobla » qui avait obtenu en Belgique l’Octave du meilleur album, dans la catégorie musiques du monde en 2014. En réalité, d’autres projets comme « Yalla Bye » où des beats électros constituent l’essentiel de la musique, toujours avec des paroles en Tunisien et la chanteuse Mitsou en featuring sont venus retarder la sortie de Winrah Marah.

 

Winrah Marah, c’est un personnage, une histoire pour chaque chanson. Chaque personnage fait face à ses démons, à la société. C’est le fou du village, c’est la femme qui s’invente un fils imaginaire... Dans les clips (4 en tout), Jawhar Basti accorde un soin particulier aux images. L’esthétique de la vidéo épouse celle des paroles. Le clip Winrah Marah, qu’il a réalisé, est particulièrement poignant autant par la musique et les paroles que par le jeu de Fatma Ben Saidane qui incarne cette femme vacillante face au poids de la pression sociale, une femme qui n’a pas eu d’enfants et qui décide de s’inventer un fils imaginaire au point d’être aliénée par la société. 

 

J’avais le visage de Fatma dans la tête quand j’enregistrais la chanson.

Jawhar Basti

 

 

 

 

« L’esprit tunisien est mon moteur d’écriture », nous dit-il, car même s’il vit en Belgique, il reste imprégné de l’actualité du vécu tunisien. Un vécu qu’il tente de psychanalyser ou alors juste de décrire avec sa poésie et sa musique, mettant la société devant un miroir. 

 

Aujourd’hui, l’artiste a signé avec un nouveau label et il compte développer plusieurs albums, il a déjà commencé à écrire le prochain. Mais en attendant, il partagera avec le public tunisien un moment pour faire découvrir Winrah Marah et… d’autres surprises.

 

 

 

Hajer Boujemâa
Publié par: 
Misk
Date de publication: 
Mercredi, mai 30, 2018 - 21:00